De Rumtse à Tso Moriri

Notre visite de Leh et de ses environs n’était tout compte fait qu’un prétexte agréable à une acclimatation progressive aux hautes altitude du Ladakh. En effet, le principal objet de notre présence dans le nord de l’Inde était la réalisation d’un trek au long cours, perdus dans l’immensité des fabuleux paysages de l’Himalaya.

À cet effet nous avions jeté notre dévolu sur une excursion d’une centaine de kilomètres, reliant le village de Rumtse à celui de Karzok au bord du lac Tsomoriri et tout proche de la frontière chinoise.

ORGANISATION

Une fois arrivé à Leh, l’organisation du trek fut relativement rapide, d’autant plus que nous fîmes rapidement connaissance d’un couple de français super cools et motivés pour tenter l’aventure avec nous. Le trek connu sous l’appellation Rumtse-Tsomoriri présente quelques caractéristiques particulières :

  • l’isolement: cheminant dans des territoires vierges d’habitation, il est requis de transporter avec soi tout le matériel et les aliments nécessaire à l’expédition. Cela nécessite une sacrée logistique, entièrement pris en charge par l’agence qui associa donc à notre quatuor pas moins de 5 accompagnants (1 guide, 1 cuisinier, 2 aides de camp et 1 muletier) et 6 poneys ! Autant dire que nous étions sous bonne garde 😉
  • l’altitude : les différentes étapes du trek nous conduiraient jusqu’à des cols s’élevant au dessus de 5400m et prévoient des nuits au dessus de 4900m. Une acclimatation à l’altitude couplée à une bonne condition physique étaient donc nécessaire pour éviter tout risque de mal des montagnes (à plusieurs jours du premier hôpital, la question de la santé était évidemment primordiale).

Marcher en montagne huit jours durant peut paraître impressionnant pour certains mais à l’échelle du Ladakh et de l’Himalaya, la distance couverte fut réellement modeste. Tellement modeste que, lors du passage de notre avant dernier col – le sixième jour – nous apercevions encore celui passé 3 jours avant quelques dizaines de km plus loin.

PREMIERS COLS

Suite à un long trajet en voiture pour rejoindre le minuscule hameau de Rumtse, le trek commence doucement par 4 petites heures de marche. Le temps est couvert et nous déjeunons sous un rideau de pluie. À quelques mètres pourtant d’un abri de pierre utilisé pour parquer les chèvres en hiver. Nous finissons par gagner notre campement, au milieu d’une prairie herbeuse détrempée, sans trop de difficultés même si le souffle se fait court.

Les difficultés commencent dès le lendemain matin avec le passage d’un premier col à 4870m. L’emplacement des cols est marqué par de nombreux cairns, des crânes d’animaux morts et un cortège de drapeaux a prières. Trop contents d’y être parvenus nous immortaliserons ce moment via une photo-souvenir qui deviendra un rituel. La pente est assez progressive mais l’effort reste intense du fait de l’altitude, et nous économisons autant que possible nos mouvements. Sous un temps toujours maussade, nous déjeunons non loin d’un troupeau de bouquetins avant d’entreprendre l’ascension d’un second col, tutoyant les 5000m, qui nous donnera plus de mal que le premier. La journée se termine au pas de course car l’orage menace et nous ne tenons pas à tremper nos affaires si tôt dans l’aventure. Le campement est situé au cœur d’une belle vallée entourée de pics enneigés. Nous y observerons à la jumelle quelques chevaux sauvages solitaires et tenterons d’établir le contact avec une famille de gerbilles domiciliées à quelques mètres de nos tentes.

La journée suivante commence sèchement avec l’ascension d’un col du haut duquel nous profitons d’une belle vue sur la vallée où nous avons campé. La météo est cette fois-ci de notre côté et rend l’effort plus aisé. Nous poursuivons notre descente le long d’une vallée encaissée où nous croiserons d’autres marmottes et un troupeau de chevaux sauvages. Avec les bouquetins et les (trop rares) léopards des neige, ils font partie des seuls êtres vivants à sillonner ces paysages désertiques et nous en recroiserons tout au long du trajet.

La vallée débouche ensuite sur un vaste cirque ocre, aux airs de Colorado indien entouré d’imposantes montagnes. Les paysages sont immenses et les distances trompeuses, si bien qu’il nous faudra encore deux heures de marche dans le sable pour gagner le campement situé au milieu du cirque. De la nous comprenons que nous évoluons en réalité au sein d’un lac partiellement asséché dont la section humide miroite au soleil à plusieurs kilomètres de là. Ce sera donc pour le lendemain.

SUR LE TSO-KAR

Nous finirons en effet par atteindre les rives du lac Tso Kar qui occupe le tiers septentrional du cirque précédemment décrit. Ce dernier est salé et des croûtes blanches parsèment ses rives, semblables à de la banquise. Le beau temps étant de la partie, nous profitons de superbes jeux de reflets sur les pics avoisinants. Nous poursuivons la journée en contournant le lac et quittant le cirque dans la direction opposée à celle par laquelle nous l’avions abordé.

Nous longeons un grillage rouillé, surement les restes d’une base militaire, et contemplons le ballet de deux chevaux sauvages se poursuivant au grand galop, soulevant à chaque dérapage des nuées de sable. Nous déjeunons près d’une petite rivière  avant d’arriver sur le lieu du campement, au milieu d’une coulée verte suivant le cours de la rivière et entouré d’un désert de sable et de roche. Sitôt arrivés, nous nous reposons quelques instants dans nos tentes et sommes réveillés par une agitation inhabituelle. Un gigantesque troupeau de yaks traverse notre campement. À gauche, à droite, traversant la rivière, frôlant nos tentes, il en vient de toutes parts ! Vu d’en haut (Clément et nos deux compagnons se sont réfugiés sur les hauteurs), le spectacle rappelle la migration des bisons d’Amérique !

DÉTENTE

Pour se remettre de ces émotions, nous construisons (avec l’aide des guides) une petite piscine dans la rivière, ce qui nous permet de nous décrasser un peu (une première depuis notre départ). Le soleil de l’après-midi tape fort et le bain glacé sera presque agréable !

La journée suivante sera la plus courte du trek ! Nous débutons par le passage d’un petit col (4900m), puis rejoignons finalement la rivière près de laquelle nous avions campé la veille. A plusieurs reprises, nous sommes contraints de traverser le cours d’eau pied nus… Dans la fraîcheur du matin, l’effet rafraîchissant est garanti ! Durant la journée, nous croiserons un superbe troupeau de chèvres Pashmina, menées par quelques nomades et un chien au regard triste. Les chèvres et leurs petits sont assez jolies et nous passerons un bon quart d’heure à regarder passer l’interminable convoi. Dans l’après-midi, pendant que nos aides montent le camp, nous réitérerons l’idée de s’aménager une petite piscine et passerons l’après-midi près de l’eau.

Au réveil, nous traversons un camp estival de nomades où nous assistons à une pittoresque traite des chèvres. Ces dernières sont parquées en épi et attachées pattes à pattes pour faciliter le travail des nomades. Non loin de la, un chien berger termine les restes d’une carcasse, victime d’un assaut nocturne : léopard, loup, … ? Nous ne le saurons pas…

Cette (longue) journée sera marquée par l’ascension de deux cols au dessus de 5 000 mètres. Nous avalerons les deux en une demi-journée, le second sera particulièrement éprouvant et constituera le point culminant du trek puisque nous dépasserons les 5400m. Bien que le temps soit très clair, il y’a du vent et il fait froid et nous ne nous y éterniserons pas. Côté altitude, RAS, ce qui signifie que nous sommes maintenant bien acclimatés ! Nous redescendrons vers le camp du jour fourbus mais satisfaits d’avoir fait le plus dur. Cette nuit, comme beaucoup d’autres depuis le départ, sera difficile. L’altitude (le campement est situé au dessus de 5000m) pèse un peu sur les têtes, les nombreux bruits d’animaux (qui a dit que la montagne était calme ?) et le froid, mordant, nous empêchent de trouver le sommeil.

EPILOGUE

Après une montée longue et progressive, l’arrivée au col surplombant le lac Tsomoriri marque la dernière ascension du trajet. Une excellente nouvelle pour Anne-Charlotte qui commence à détester les montées. Malheureusement pour nous, alors que le beau temps semblait s’être définitivement installé, le lac est bordé de lourds nuages gris et les sommets enneigés qui l’entourent sont en partie masqués. La vue est certes belle mais sûrement pas autant qu’elle aurait dû l’être sous un soleil radieux…

Une longue descente dans la vallée nous permet d’enfin atteindre le lac et le village de Karzok qui le borde. C’est notre premier contact avec la « civilisation » depuis notre départ et bien que le coin ne soit pas franchement désagréable, retrouver le bitume, les ordures et les clôtures nous fait presque regretter nos campements en plein air dans l’immensité de la nature. Le temps s’éclaircissant, nous nous promènerons au bord du lac et y observerons notamment des nuées d’oiseaux migrateurs.

La nuit tombée, Clément semble plus prêt que jamais d’accéder à son vœu le plus cher… mais, impossible de mettre la main sur une bière ! Notre guide prendra finalement les choses en main et empruntera au monastère quelques litres d’orge fermentée (du Tchang). Bon ce n’est pas vraiment goûteux ni même alcoolisé mais cela fit l’affaire pour cette nuit la. La bouteille passait de main en main autour du feu tandis que nous nous agitions au rythme de la musique indienne. Pour une fois nous avions réussi à dévier nos très sympathiques accompagnants de leurs taches quotidiennes et fêterons donc la fin de l’aventure au cours d’une soirée très sympa !

Une dernière nuit sous la tente à proximité du village et c’est déjà le moment de reprendre le chemin du retour.  Une séance de ricochets sur les bords du lac, un empilage de pierres et nous voici repartis pour 7 heures de route suivant le cours de l’Indus au milieu de paysages superbes mais parfois vertigineux – la rivière ayant tendance à déborder de son lit pour mordre sur la route…

L’arrivée à Leh sera récompensée par une bonne douche froide et une pizza partagée avec nos deux compatriotes. En se disant aurevoir nous réalisons que nous avons vraiment eu beaucoup de chance de les rencontrer car les délires d’architecte (piscines, murs, …), la bonne ambiance durant les repas et les pauses ainsi que nos parties de carte ont, tout autant que les paysages, grandement contribué à la réussite de ce trek !

Anne-Cha & Clément


QUELQUES INFOS PRATIQUES 

Nous avons choisi de partir avec l’agence Hidden North et en avons été très contents. On recommande vivement ! Nous avions engagé quelques contacts avant notre départ mais n’avons finalement concrétisé la démarche qu’une fois sur place (et sans aucune difficultés !).

En partant  à 4, le trek de 8 jours tout compris nous est revenu à 60 000 IDR pour deux, soit 400€ par personne. Le prix peut paraître assez élevé pour la région mais il faut se souvenir que 1) la saison touristique au Ladakh ne dure que 3 mois et 2) l’agence nous a tout de même dédié 6 personnes et 5 chevaux durant ces 8 jours 🙂

Pas grand chose à prévoir dans le cadre du trek puisque l’agence s’occupe de tout : nourriture, tentes, permis, eau, etc. Penser tout de même à partir bien couverts (il fait froid la nuit) et à apporter de quoi se couvrir la tête et de (très bonnes) lunettes de soleil.

Le trek se déroule en intégralité dans la nature et donc n’espérez pas trouver de quoi recharger vos batteries ou même un point de vente quelconque pour acheter un soda. Nous avions décidé de ne pas prévoir d’autres aliments que ceux prévus par l’agence et ne l’avons pas regretté. La nourriture proposée par Hidden North est bonne et copieuse mais ne vous attendez pas à de la viande ou des plats occidentaux. Il s’agit surtout de plats indiens à base de féculents (pates, riz, patates, …) et légumes (en tout genre !).

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